C’est un concept désormais largement établi : les éditeurs de jeux vidéo ont de plus en plus souvent recours à des campagnes promotionnelles des plus tarabiscotées pour accompagner le lancement d’un jeu vidéo. Vous avez entendu parler de Watch Dogs, ébauche d’une réalité parallèle où la moindre information, vos moindres faits et gestes sont enregistrés et décortiqués à de sinistres fins ? Oui ? Alors tout porte à croire que vous tomberez tôt ou tard sur « We are Data », site internet escortant la sortie prochaine du jeu édité par Ubisoft. Le concept : une cartographie intelligente de trois villes européennes (Londres, Berlin et Paris) recensant une tripotée d’informations (rames de métro en mouvement, emplacement des caméras de surveillance et même taux de chômage par quartier, oui oui) actualisées en temps réel. Une façon comme une autre pour l’éditeur d’attiser la curiosité des joueurs jusqu’au jour J. Mais si certains s’en sortent pas mal à ce petit jeu-là, force est de constater que la plupart sombre dans le grand n’importe quoi.
Dead Island Riptide
Ceux qui ont tâté de Dead Island se souviennent d’un divertissement bien gras, idéal quand on aime décapiter du zombie à tout-va. Doté d’une réalisation passable, mais somme toute assez plaisant, Dead Island parvint contre toute attente à fédérer une audience considérable. Au point que les baromètres les plus optimistes évoquèrent le chiffre de cinq millions de copies écoulées à travers le monde. Suffisant pour convaincre l’éditeur de plancher sur une suite sous-titrée Riptide. Jusqu’ici tout allait bien. Mais il faut croire que le succès inattendu du premier segment a fait péter pas mal de câbles au sein du service marketing de Deep Silver. Car là où Dead Island était parvenu à créer le buzz grâce à un teaser efficace et séduisant, Riptide s’est vautré dans la facilité en lançant une série de jeux-concours franchement débile. Le premier prix pour les lauréats ? Un buste de bimbo grandeur nature, sanguinolent et démembré de toute part, générant de fait un vaste tollé sur le Web.
Homefront
Pour celles et ceux qui viendraient tout juste de débarquer, apprenez que Homefront est un jeu inspiré de L’Aube Rouge. Un film pas propagandiste pour un sou, n’est-ce pas, puisqu’il met en scène de valeureux adolescents américains résistant avec courage à une invasion soviétique massive. Passe encore ce cynisme à tous crins qui n’hésite pas à exhumer le spectre de la guerre froide en altérant les traits d’un envahisseur désormais nord-coréen. Mais ce n’est rien en comparaison de la campagne publicitaire qui a précédé la commercialisation dudit jeu : que diriez-vous d’un éditeur qui ose combiner dans une même bande-annonce des séquences (virtuelles) de son jeu, et des extraits (réels) de journaux télévisés rapportant l’attaque d’une embarcation sud-coréenne par les nord-coréens ? Qu’il détourne l’actualité à des fins mercantiles tout en vomissant son sinistre endoctrinement ? Vous auriez raison. Vivant, Ronald Reagan aurait sans doute fait de Homefront son fer de lance contre le spectre rouge qui, comme chacun sait, menace de fondre sur le monde libre à chaque seconde.
God of War : Ascencion
Qui a dit que Paris était la capitale du chic et du bon goût ? Pas Sony en tout cas, qui eut en mars dernier la drôle d’idée d’affréter dans les rues de la capitale un food truck aux couleurs de God of War : Ascencion. Au menu ? Des sandwiches grecs, bien sûr, afin d’être raccord avec cette mythologie qui sert de support narratif au jeu. Une mauvaise plaisanterie, croyez-vous ? Pas du tout. Salade, tomates, oignons, sauce blanche : Sony n’a pas trouvé de combo plus subtil et raffiné pour commémorer le retour de Kratos, son héros légendaire. Un tweet, et voilà le badaud gratifié d’un sandwich gratuit. Une certaine idée de la transfiguration et de l’élévation vers les cieux. L’histoire ne dit pas si la recette était de bonne facture ou non. Une chose est sûre : God of War : Ascencion, ce n’était vraiment pas top.
Beyond Two Souls
Il faut croire que David Cage a la rancune tenace. Souvent raillé pour la platitude de son œuvre, Heavy Rain en tête, le président du studio Qantic Dream a cru bon de répliquer en expédiant aux journalistes un gros pavé de 2000 pages… vide. Littéralement. L’idée ? Matérialiser la masse de travail nécessaire à l’écriture de Beyond Two Souls, son prochain jeu attendu pour le mois d’octobre 2013. Énième symptôme de la melonite aiguë dont semble être atteint David Cage ? Confirmation de l’insignifiance inhérente aux productions Qantic Dream ? L’un dans l’autre, on retiendra surtout une métaphore qui pèse lourd sur un strict plan écologique. À moins que les rédactions concernées décident de recycler le bouzin en bloc-notes ou en presse-papier ?
Watch Dogs
Dans ce qui s’apparente à une continuation vidéoludique de 1984, Watch Dogs nous permettra donc d’incarner un hacker rompu au détournement des instruments de télésurveillance et d’intimidation. Caméras, téléphones mobiles, hotspots wifi : autant de relais que le hacker Aiden Pearce sera amené à faire disjoncter et que « We are Data » propose de consulter via ses cartographies numériques simplifiées. Le fonctionnement ? Facile : on sélectionne la ville puis le district qui nous intéresse. Il ne reste plus qu’à consulter les infos (salaire moyen par habitant, emplacement des panneaux publicitaires…) qu’il recèle. Bon, à y regarder de très près, il suffit de connaître un tant soit peu le quartier sélectionné pour constater que certaines informations sont incomplètes ou complètement bullshit. Mais même si le procédé sonne un peu fake, l’immersion est là, renforcée par les avertissements en incrustation d’Aiden, en mode « les informations liées aux habitants d’une ville permettent de contrôler cette dernière ». Le site rame à mort, mais le message est limpide : nous vivons dans une société hyper connectée, alors que se passerait-il si une infrastructure de cybersurveillance décidait d’exploiter du jour au lendemain nos données personnelles ? Pour ça, pas besoin de patienter jusqu’à la sortie du jeu : la réponse n’est-elle pas déjà tapie dans l’œuvre d’Orwell ?
Source : Tremplin Numérique